Location annulée : rétractation, arrhes ou acompte
Pas de rétractation de 14 jours pour une location datée (L221-28, 12°). Ce qui décide du remboursement : arrhes, acompte ou barème annoncé avant paiement.
Jeudi soir, un client annule sa location du samedi et demande à être remboursé. Deux questions se mêlent dans sa demande, et elles n’ont pas la même réponse.
La première est légale : a-t-il droit aux quatorze jours de rétractation de la vente à distance ? La seconde est contractuelle : que prévoit votre contrat quand un client se désiste ? Cet article traite les deux, dans cet ordre, pour tout ce qui se loue à la journée ou à la semaine.
Il prolonge la section consacrée à la rétractation dans notre guide du contrat de location de vélo, qui ne la traitait que pour le vélo.
Les quatorze jours ne s’appliquent pas à une location datée
Une location réservée en ligne pour une date ou une période déterminée n’ouvre pas le droit de rétractation de quatorze jours : l’article L221-28, 12° du Code de la consommation l’écarte pour les locations de voitures et les activités de loisirs fournies à date fixe. L’exception disparaît quand la date n’est pas fixée à la commande, comme pour un abonnement ou un bon cadeau. Elle ne dispense pas d’annoncer au client, avant le paiement, qu’il ne bénéficie pas de ce droit.
Le principe est posé par l’article L221-18 : « le consommateur dispose d’un délai de quatorze jours pour exercer son droit de rétractation d’un contrat conclu à distance », ou hors établissement. L’article L221-28 énumère treize contrats qui y échappent.
Le 12° est le vôtre, et il se cite mot pour mot : « prestations de services d’hébergement, autres que d’hébergement résidentiel, de services de transport de biens, de locations de voitures, de restauration ou d’activités de loisirs qui doivent être fournis à une date ou à une période déterminée ».
Deux conditions, et elles sont cumulatives. La location doit entrer dans l’une des catégories du texte, et sa date doit être fixée au moment où le contrat se conclut. L’exception se comprend : un créneau réservé à un client est un créneau refusé à d’autres.
Quel engin entre par quelle porte
Le texte écrit « locations de voitures », pas « locations de véhicules ». Une voiture louée pour des dates précises y entre directement.
Un vélo, un paddle, un bateau, un jet-ski ou une paire de skis n’y entrent pas par ce mot. Ils passent par les « activités de loisirs », ce qui tient pour une sortie touristique datée. L’argument faiblit dès que l’engin sert au quotidien plutôt qu’au loisir.
Nous n’avons trouvé aucune décision publiée qui tranche le cas d’un vélo loué au mois par un salarié qui s’en sert pour travailler. Dans ce cas, traitez la rétractation comme possible plutôt que comme exclue.
| Ce que le client achète | Les 14 jours | Pourquoi |
|---|---|---|
| Voiture réservée en ligne, dates fixées | Écartés | Location de voitures datée (12°) |
| Vélo, bateau, jet-ski ou skis réservés en ligne pour une date | Écartés en principe | Activité de loisirs datée (12°) |
| Location au mois ou abonnement souscrits en ligne, sans date | Applicables | Aucune période déterminée |
| Bon cadeau ou carte de sorties vendus en ligne | Applicables | La date se fixe plus tard |
| Contrat conclu à l’agence | Hors champ | Vente ni à distance, ni hors agence |
| Contrat signé à la livraison, chez le client | Écartés si la date est fixée | Le 12° vaut aussi hors agence |
L’exception ne dispense pas de prévenir
L’article L221-5 liste ce que le client doit savoir avant de conclure à distance. Son 10° vise votre cas : lorsque le droit de rétractation ne peut être exercé en application de l’article L221-28, vous devez l’en informer.
Un manquement à cette obligation d’information est passible d’une amende administrative de 15 000 € au plus pour une personne physique, et de 75 000 € pour une personne morale (article L242-10).
Le moment compte autant que le contenu : avant la conclusion, donc avant le paiement. Une mention glissée dans l’e-mail de confirmation arrive trop tard. Écrivez-la sur l’écran où le client paie, et citez le 12°.
Depuis le 19 juin 2026 : le bouton « renoncer au contrat ici »
Une ordonnance du 5 janvier 2026 a créé une obligation, entrée en vigueur le 19 juin 2026. Pour un contrat conclu à distance sur une interface en ligne, l’article L221-21 impose une fonctionnalité gratuite qui permet au client d’exercer son droit de rétractation.
L’article D221-5 en fixe la forme : un libellé « renoncer au contrat ici » ou équivalent, visible pendant tout le délai. Il mène à une déclaration confirmée par « confirmer la rétractation », puis à un accusé de réception sur support durable, daté et horodaté.
La règle ne vise que les contrats où le droit de rétractation existe. Une location datée, exclue par le 12°, n’en demande donc pas. Un abonnement, une carte de sorties ou un bon cadeau vendus en ligne sans date, si : ce sont eux qui font entrer un loueur dans le champ du bouton.
Annulation : tout dépend du nom de la somme versée
Hors rétractation, l’annulation relève de votre contrat. Et si votre contrat ne dit rien, le Code de la consommation parle à sa place : selon l’article L214-1, « sauf stipulation contraire », les sommes versées d’avance sont des arrhes.
La conséquence est symétrique, et c’est la moitié qu’on oublie : « chacun des contractants peut revenir sur son engagement, le consommateur en perdant les arrhes, le professionnel en les restituant au double ». Le texte ne fixe aucun seuil : il vise « les sommes versées d’avance », sans distinguer une partie du prix de sa totalité.
L’acompte fonctionne à l’inverse : il engage les deux parties. Le client qui se désiste peut être condamné à des dommages et intérêts, et le loueur doit fournir la prestation. Mais un acompte ne se présume pas : il faut l’avoir écrit.
| Somme versée | Le client annule | Vous annulez |
|---|---|---|
| Arrhes, y compris quand rien n’est écrit | Il perd ce qu’il a versé | Vous rendez le double |
| Acompte, écrit comme tel | Il peut devoir des dommages et intérêts | Vous fournissez la prestation |
| Barème d’annulation annoncé | Il récupère la part prévue | Réciprocité à écrire, sinon clause présumée abusive |
Le barème d’annulation, et sa contrepartie
Le barème est la « stipulation contraire » que prévoit l’article L214-1 : remboursement intégral jusqu’à une échéance, partiel ensuite. C’est la formule la plus lisible pour le client, à une condition que l’article R212-2, 2° rend concrète.
Ce texte présume abusive la clause qui vous autorise « à conserver des sommes versées par le consommateur lorsque celui-ci renonce », sans lui prévoir « réciproquement » une indemnité d’un montant équivalent si c’est vous qui renoncez. Pour échapper à cette présomption, un barème qui retient 50 % à moins de 24 h du départ prévoit ce que vous versez si vous annulez dans le même délai.
Présumée ne veut pas dire interdite : vous pouvez démontrer que la clause est équilibrée, mais la charge de la preuve est pour vous. Et selon l’article L241-1, « les clauses abusives sont réputées non écrites » : elles ne produisent aucun effet.
Un barème ne vaut que s’il a été lu avant le paiement. Découvert dans l’e-mail de confirmation, il se conteste aussi bien qu’une caution annoncée au comptoir.
Quand c’est vous qui annulez
Panne, casse la veille, engin que le client précédent n’a pas rendu : si la location n’a pas lieu de votre fait, le client récupère tout ce qu’il a versé. S’il s’agissait d’arrhes, vous en devez le double.
Le vent, la houle ou un plan d’eau fermé relèvent d’un autre régime. L’article 1218 du Code civil définit la force majeure : un événement qui échappe au débiteur, raisonnablement imprévisible à la conclusion et dont les effets ne peuvent être évités. Si l’empêchement est définitif, le contrat est résolu de plein droit et les sommes versées se restituent.
Pour un loueur de bateaux ou de jet-skis, la prévisibilité d’un avis de vent se discute, et c’est la clause écrite qui évite le débat. Le modèle de contrat de location de bateau, comme celui du jet-ski, en porte une : le client choisit entre un report et un avoir valable au moins douze mois, et il est remboursé si aucun des deux n’est possible.
Quand le client ne peut plus venir
Un client hospitalisé la veille de sa location demandera souvent un remboursement au titre de la force majeure. La Cour de cassation a répondu à cette demande le 25 novembre 2020 (pourvoi n° 19-21.060), à propos d’un séjour en cure interrompu par une hospitalisation.
Sa réponse : le client qui a payé et n’a pas pu profiter de la prestation ne peut pas invoquer la force majeure pour obtenir la résolution du contrat. La force majeure protège celui qui doit exécuter, pas celui qui devait en profiter.
Rien ne vous empêche d’être plus généreux que le droit, et c’est souvent le bon calcul commercial. Mais c’est un geste, pas une obligation : votre barème, ou à défaut la règle des arrhes, s’applique.
En pratique, avec Rideloc
Sur la boutique de réservation en ligne, l’écran de paiement annonce deux choses sous la case des conditions de location, avant la saisie de la carte. D’abord votre barème, en heures : « remboursement intégral si vous annulez plus de 24 h avant le départ ; au-delà, 50 % du montant réglé » avec le réglage par défaut. Ensuite l’exclusion du droit de rétractation, article L221-28 cité.
Vous choisissez entre le paiement total et un acompte en pourcentage. En mode acompte, l’écran de paiement nomme la somme « Acompte à régler maintenant » et annonce le solde à régler à l’agence.
Au moment d’annuler dans Rideloc, vous indiquez qui renonce : le client, et votre barème s’applique ; votre agence, et le client est remboursé en totalité. Le remboursement repart sur sa carte, avec l’avoir correspondant. Un gérant ou un manager peut rembourser davantage, jamais moins ; un paiement encaissé au comptoir se rembourse au comptoir.
Les conditions de location générées contiennent une section « Droit de rétractation » qui cite le 12°. Pour une signature du contrat à distance, le client coche à part qu’il renonce au délai de quatorze jours. La boutique ne vend que des créneaux datés : elle reste dans le 12°, sans bouton de rétractation à afficher.
Cet article cite le droit en vigueur au 11 septembre 2026, sources liées ci-dessous. Il ne remplace pas la relecture de vos conditions d’annulation par un professionnel du droit, en particulier la réciprocité exigée par l’article R212-2.
Questions fréquentes sur l’annulation d’une location
Les questions qui reviennent au téléphone quand un client annule, et la règle qui s’applique à chacune.
Un client peut-il se rétracter dans les 14 jours après avoir réservé une location en ligne ?
Non, si la location porte sur une date ou une période déterminée : l’article L221-28, 12° du Code de la consommation écarte le droit de rétractation pour les locations de voitures et les activités de loisirs datées. Le client reste lié par les conditions d’annulation de son contrat. Un abonnement ou un bon cadeau vendus en ligne sans date restent soumis aux quatorze jours.
Arrhes ou acompte : que se passe-t-il si rien n’est écrit ?
Les sommes versées d’avance sont alors des arrhes, selon l’article L214-1 du Code de la consommation. Le client qui annule les perd, et le loueur qui annule doit les rendre au double. Pour qu’un versement soit un acompte, qui engage les deux parties, le contrat doit le dire.
Un loueur peut-il garder une partie du paiement quand le client annule tard ?
Oui, si un barème d’annulation l’a annoncé avant le paiement. L’article R212-2, 2° du Code de la consommation présume toutefois abusive la clause qui permet de conserver ces sommes sans prévoir, en sens inverse, une indemnité équivalente pour le client quand c’est le loueur qui annule.
Faut-il un bouton « renoncer au contrat ici » sur un site de location ?
Seulement pour les contrats qui ouvrent un droit de rétractation. Depuis le 19 juin 2026, l’article L221-21 du Code de la consommation l’impose pour un contrat conclu à distance sur une interface en ligne lorsque ce droit existe. Une location datée en est exclue par l’article L221-28, 12° ; un abonnement ou un bon cadeau vendus en ligne sans date ne le sont pas.
Un client malade peut-il invoquer la force majeure pour être remboursé ?
Non. La Cour de cassation a jugé le 25 novembre 2020 (pourvoi n° 19-21.060) que le client qui a payé et n’a pas pu profiter de la prestation ne peut pas obtenir la résolution du contrat en invoquant la force majeure. Le barème d’annulation, ou à défaut la règle des arrhes, s’applique ; un remboursement plus large reste un geste commercial.
Que doit rembourser un loueur de bateaux quand la météo interdit la sortie ?
Si l’empêchement est définitif et relève de la force majeure au sens de l’article 1218 du Code civil, le contrat est résolu de plein droit et les sommes versées sont restituées. Beaucoup de loueurs proposent d’abord un report ou un avoir : l’écrire dans les conditions de location, en laissant le choix au client, évite le litige.
Sources
- Article L221-18 du Code de la consommation (délai de rétractation de quatorze jours) — Légifrance — consultée le 11 septembre 2026
- Article L221-28 du Code de la consommation (exceptions au droit de rétractation, 12°) — Légifrance — consultée le 11 septembre 2026
- Article L221-5 du Code de la consommation, version en vigueur depuis le 19 juin 2026 (information précontractuelle, 10°) — Légifrance — consultée le 11 septembre 2026
- Article L242-10 du Code de la consommation (amende administrative) — Légifrance — consultée le 11 septembre 2026
- Article L221-21 du Code de la consommation, modifié par l’ordonnance n° 2026-2 du 5 janvier 2026 (fonctionnalité de rétractation) — Légifrance — consultée le 11 septembre 2026
- Article D221-5 du Code de la consommation, créé par le décret n° 2026-3 du 5 janvier 2026 (« renoncer au contrat ici ») — Légifrance — consultée le 11 septembre 2026
- Article L214-1 du Code de la consommation (arrhes par défaut) — Légifrance — consultée le 11 septembre 2026
- Article R212-2 du Code de la consommation (clauses présumées abusives, 2°) — Légifrance — consultée le 11 septembre 2026
- Article L241-1 du Code de la consommation (les clauses abusives sont réputées non écrites) — Légifrance — consultée le 11 septembre 2026
- Acompte, avance, arrhes et avoir : quelles différences ? (engagement ferme de l’acompte, arrhes par défaut) — Service-Public.fr, vérifié le 5 août 2025 — consultée le 11 septembre 2026
- Article 1218 du Code civil (force majeure) — Légifrance — consultée le 11 septembre 2026
- Cour de cassation, 1re chambre civile, 25 novembre 2020, n° 19-21.060 (le créancier ne peut invoquer la force majeure) — Légifrance — consultée le 11 septembre 2026
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